Il était une fois une reine (жила-была королева) qui accoucha d'un fils (которая родила сына), si laid (столь некрасивого) et si mal fait (и столь плохо сложенного; faire — делать), qu'on douta longtemps (что сомневались долго) s'il avait forme humaine (обладает ли он человеческим обликом). Une fée qui se trouva à sa naissance (фея, которая находилась/оказалась при его рождении; trouver — находить) assura (уверяла) qu'il ne laisserait pas (что он не преминет; laisser — оставлять) d'être aimable (быть любезным, милым; aimable — достойный любви, устар.), parce qu'il aurait beaucoup d'esprit (потому что у него будет много ума/остроумия), elle ajouta même qu'il pourrait (она добавила даже, что он сможет), en vertu du don (в силу подарка) qu'elle venait de lui faire (который она только что ему дала: «сделала»), donner autant d'esprit (давать столько же ума) qu'il en aurait (сколько у него будет) à la personne (той особе) qu'il aimerait le mieux (которую он полюбит больше всего; aimer — любить). Tout cela consola un peu la pauvre reine (все это успокоило немного бедную королеву), qui était bien affligée (которая была весьма огорчена) d'avoir mis au monde un si vilain marmot (что родила столь гадкого малыша; mettre au monde — рождать: «помещать в мир»).
Il était une fois une reine qui accoucha d'un fils, si laid et si mal fait, qu'on douta longtemps s'il avait forme humaine. Une fée qui se trouva à sa naissance assura qu'il ne laisserait pas d'être aimable, parce qu'il aurait beaucoup d'esprit; elle ajouta même qu'il pourrait, en vertu du don qu'elle venait de lui faire, donner autant d'esprit qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux. Tout cela consola un peu la pauvre reine, qui était bien affligée d'avoir mis au monde un si vilain marmot.
Il est vrai (правда) que cet enfant ne commença pas plus tôt à parler (что как только этот ребенок начал говорить; tôt — рано) qu'il dit mille jolies choses (как он наговорил тысячу премилых вещей), et qu'il avait dans toutes ses actions (и что он имел во всех своих поступках) je ne sais quoi de si spirituel (нечто столь умное, одухотворенное; spirituel — умный, духовный; savoir — знать; je ne sais quoi — я не знаю что= нечто), qu'on en était charmé (что /все/ были этим очарованы). J'oubliais de dire (я забыл сказать) qu'il vint au monde (что он появился на свет; venir au monde — рождаться: «приходитьвмир») avec une petite houppe de cheveux sur la tête (с маленьким хохолком волос на голове), ce qui fit (что явилось причиной: «что сделало») qu'on le nomma Riquet à la houppe (что его назвали Рике-с-хохолком), car Riquet était le nom de la famille (так как Рике было именем всего рода, фамилией).
Il est vrai que cet enfant ne commença pas plus tôt à parler qu'il dit mille jolies choses, et qu'il avait dans toutes ses actions je ne sais quoi de si spirituel, qu'on en était charmé. J'oubliais de dire qu'il vint au monde avec une petite houppe de cheveux sur la tête, ce qui fit qu'on le nomma Riquet à la houppe, car Riquet était le nom de la famille.
Au bout de sept ou huit ans (через семь или восемь лет) la reine d'un royaume voisin accoucha de deux filles (королева соседнего королевства родила двух девочек). La première qui vint au monde (первая, которая появилась на свет) était plus belle que le jour (была прекрасна, как день: «прекраснее дня»): la reine en fut si aise (королеве это было столь приятно), qu'on appréhenda (что опасались) que la trop grande joie (чтобы слишком большая радость) qu'elle en avait (которая у нее от этого была) ne lui fît mal (ей не сделала бы плохо = не была бы ей вредна).
La même fée (та же фея) qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la houppe (которая присутствовала при рождении маленького Рике с хохолком; assister — присутствовать) était présente (присутствовала: «была присутствующей»), et pour modérer la joie de la reine (и, чтобы умерить радость королевы), elle lui déclara (она ей объявила) que cette petite princesse n'aurait point d'esprit (что у этой маленькой принцессы не будет вовсе ума), et qu'elle serait aussi stupide (и что она будет настолько же глупа) qu'elle était belle (сколь она красива).
Au bout de sept ou huit ans la reine d'un royaume voisin accoucha de deux filles. La première qui vint au monde était plus belle que le jour: la reine en fut si aise, qu'on appréhenda que la trop grande joie qu'elle en avait ne lui fît mal.
La même fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la houppe était présente, et pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse n'aurait point d'esprit, et qu'elle serait aussi stupide qu'elle était belle.
Cela mortifia beaucoup la reine (это ужасно огорчило королеву; mortifier — смертельно огорчать), mais elle eut quelques moments après (но у нее было некоторое время спустя) un bien plus grand chagrin (еще большее огорчение; chagrin, m — печаль), car la seconde fille (так как вторая девочка) dont elle accoucha (которую она родила) se trouva extrêmement laide (оказалась крайне некрасивой). «Ne vous affligez point tant (не сокрушайтесь так; s’affliger — сокрушаться), madame», lui dit la fée, «votre fille sera récompensée d'ailleurs (ваша дочь будет вознаграждена другими качествами; d'ailleurs — в другом месте), et elle aura tant d'esprit (у нее будет столько ума), qu'on ne s'apercevra presque pas (что почти не заметят = будет незаметно) qu'il lui manque de la beauté (что у нее недостает красоты).» — «Dieu le veuille (дай-то Бог: «Бог этого пусть хочет»), répondit la reine (ответила королева), «mais n'y aurait-il point moyen (но не имеется ли какой-либо возможности; moyen, m — средство) de faire avoir un peu d'esprit à l'aînée qui est si belle (дать: «заставить иметь» немного ума старшей, которая так красива)?»
— «Je ne puis rien pour elle (я не могу ничего для нее; pouvoir — мочь), madame, du côté de l'esprit (со стороны ума = что касается ума)», lui dit la fée (сказала ей фея), «mais je puis tout du côté de la beauté (но я могу все со стороны красоты), et comme il n'y a rien (и так как не имеется ничего) que je ne veuille faire pour votre satisfaction (чего я не хотела бы сделать для вашего удовлетворения), je vais lui donner (я собираюсь ей дать) pour don (в качестве подарка; don, m — дар) de pouvoir rendre beau (умение сделать красивым) qui lui plaira (того, кто ей понравится).»
Cela mortifia beaucoup la reine; mais elle eut quelques moments après un bien plus grand chagrin, car la seconde fille dont elle accoucha se trouva extrêmement laide. «Ne vous affligez point tant, madame», lui dit la fée; «votre fille sera récompensée d'ailleurs, et elle aura tant d'esprit, qu'on ne s'apercevra presque pas qu'il lui manque de la beauté.» — «Dieu le veuille», répondit la reine, «mais n'y aurait-il point moyen de faire avoir un peu d'esprit à l'aînée qui est si belle?» — «Je ne puis rien pour elle, madame, du côté de l'esprit», lui dit la fée, «mais je puis tout du côté de la beauté; et comme il n'y a rien que je ne veuille faire pour votre satisfaction, je vais lui donner pour don de pouvoir rendre beau qui lui plaira.»
A mesure que ces deux princesses devinrent grandes (по мере того, как эти две принцессы становились взрослыми; devenir — становиться), leurs perfections crûrent (их совершенства росли; croître) aussi avec elles (также вместе с ними), et on ne parlait partout que de la beauté de l'aînée (и везде только и говорили, что о красоте старшей), et de l'esprit de la cadette (и о разуме младшей). Il est vrai aussi (правда также) que leurs défauts (что их недостатки) augmentèrent beaucoup avec l'âge (увеличились намного с возрастом). La cadette enlaidissait à vue d'œil (младшая дочь дурнела на глазах; s’enlaidir — подурнеть; laid — некрасивый), et l'aînée devenait plus stupide de jour en jour (а старшая становилось все более глупой со дня на день). Ou elle ne répondait rien à ce qu'on lui demandait (или она не отвечала ничего на то, что у нее спрашивали), ou elle disait une sottise (или она говорила /какую-нибудь/ глупость). Elle était avec cela si maladroite (она была с этим = в этом отношении столь неловка) qu'elle n'eût pu ranger quatre porcelaines (что она не могла не расставить четыре фарфоровых посудины) sur le bord d'une cheminée (на каминной полке; cheminée, f — камин) sans en casser une (не разбив одну из них), ni boire un verre d'eau (ни выпить стакан воды) sans en répandre la moitié (не разлив половины) sur ses habits (на свою одежду, habit, m — одежда, устар.). Quoique la beauté soit un grand avantage (хотя красота — это великое достоинство; avantage, m — преимущество) chez une jeune femme (у молодой женщины), cependant la cadette l'emportait presque toujours sur son aînée dans toutes les compagnies (между тем младшая торжествовала почти всегда над своей старшей во всех компаниях = обществах; emporter — уносить, увозить; захватить с бою; l'emporter — взять верх; восторжествовать).
A mesure que ces deux princesses devinrent grandes, leurs perfections crûrent aussi avec elles, et on ne parlait partout que de la beauté de l'aînée, et de l'esprit de la cadette. Il est vrai aussi que leurs défauts augmentèrent beaucoup avec l'âge. La cadette enlaidissait à vue d'œil, et l'aînée devenait plus stupide de jour en jour. Ou elle ne répondait rien à ce qu'on lui demandait, ou elle disait une sottise. Elle était avec cela si maladroite qu'elle n'eût pu ranger quatre porcelaines sur le bord d'une cheminée sans en casser une, ni boire un verre d'eau sans en répandre la moitié sur ses habits. Quoique la beauté soit un grand avantage chez une jeune femme, cependant la cadette l'emportait presque toujours sur son aînée dans toutes les compagnies.
D'abord on allait du côté de la plus belle (сперва устремлялись в сторону более красивой) pour la voir (чтобы ее видеть) et pour l'admirer (и чтобы ею восхищаться), mais bientôt après (но вскоре после этого), on allait à celle (шли к той) qui avait le plus d'esprit (у которой было больше ума), pour lui entendre dire mille choses agréables (чтобы от нее слышать тысячу приятных вещей: «слышать, как она говорит…»), et on était étonné (и можно было удивляться/люди бывали удивлены) qu'en moins d'un quart d'heure (что менее, чем через четверть часа) l'aînée n'avait plus personne auprès d'elle (у старшей не было больше никого при ней), et que tout le monde s'était rangé autour de la cadette (и что все: «весь мир» расположился вокруг младшей). L'aînée, quoique fort stupide (старшая, хоть и очень глупая), le remarqua bien (замечала это вполне), et elle eût donné sans regret toute sa beauté (и она отдала бы без сожаления всю свою красоту) pour avoir la moitié de l'esprit de sa sœur (чтобы иметь половину ума своей сестры). La reine (королева), toute sage qu'elle était (как ни была разумна; tout — весь; совсем, совершенно; sage — мудрый), ne put s'empêcher de lui reprocher (не могла воздержаться ее упрекнуть) plusieurs fois sa bêtise (много раз в ее глупости), ce qui pensa faire mourir de douleur (что едва не заставляло умирать от боли; penser — думать; быть едва не…, чуть ли не…, устар.) cette pauvre princesse (эту бедную принцессу).
D'abord on allait du côté de la plus belle pour la voir et pour l'admirer, mais bientôt après, on allait à celle qui avait le plus d'esprit, pour lui entendre dire mille choses agréables, et on était étonné qu'en moins d'un quart d'heure l'aînée n'avait plus personne auprès d'elle, et que tout le monde s'était rangé autour de la cadette. L'aînée, quoique fort stupide, le remarqua bien, et elle eût donné sans regret toute sa beauté pour avoir la moitié de l'esprit de sa sœur. La reine, toute sage qu'elle était, ne put s'empêcher de lui reprocher plusieurs fois sa bêtise, ce qui pensa faire mourir de douleur cette pauvre princesse.
Un jour qu'elle s'était retirée dans un bois (однажды, когда она удалилась в лес) pour y plaindre son malheur (чтобы там поплакать о своем несчастье; plaindre — жалеть; устар. оплакивать), elle vit venir à elle un petit homme (она увидела, как подошел к ней маленький человек) fort laid et fort désagréable (очень некрасивый и очень неприятный), mais vêtu très magnifiquement (но одетый весьма пышно). C'était le jeune prince Riquet à la houppe (это был молодой принц Рике с хохолком), qui étant devenu amoureux d'elle (который став влюбленным = влюбился в нее) d'après ses portraits (по ее портретам) qui couraient par tout le monde (которые распространены были по всему миру; courir — бегать), avait quitté le royaume de son père (оставил королевство своего отца) pour avoir le plaisir de la voir (чтобы иметь удовольствие ее видеть) et de lui parler (и с ней говорить).
Un jour qu'elle s'était retirée dans un bois pour y plaindre son malheur, elle vit venir à elle un petit homme fort laid et fort désagréable, mais vêtu très magnifiquement. C'était le jeune prince Riquet à la houppe, qui étant devenu amoureux d'elle d'après ses portraits qui couraient par tout le monde, avait quitté le royaume de son père pour avoir le plaisir de la voir et de lui parler.
Ravi de la rencontrer ainsi toute seule (в восторге от того, встретил ее так совсем одну), il l'aborde avec tout le respect (он ей представился со всем уважением; aborder — обратиться/ккому-либо/, заговорить/скем-либо/) et toute la politesse imaginables (и всей вообразимой вежливостью). Ayant remarqué (заметив), après lui avoir fait les compliments ordinaires (после того, как он ей сделал обычные комплименты), qu'elle était fort mélancolique (что она была очень грустная), il lui dit (он ей сказал): «Je ne comprends point (я не понимаю вовсе), madame, comment quelqu'un aussi belle que vous l'êtes (как кто-то столь красивый, как вы) peut être aussi triste (может быть таким печальным) que vous le paraissez (какой вы мне кажетесь), car, quoique je puisse me vanter (так как, хотя я могу похвалиться; vanter — хвалить) d'avoir vu une infinité de belles personnes (что я видел множество прекрасных особ), je puis dire (я могу сказать) que je n'en ai jamais vu (что я из них никогда не видел; jamais — никогда) dont la beauté approche de la vôtre (/никого/ чья красота приближается к вашей).» — «Cela vous plaît à dire (это вам так угодно говорить; plaîre — нравиться), monsieur», lui répondit la princesse (ему ответила принцесса), et en demeure là (и больше ничего не могла придумать: «на этом останавливается»; demeurer — пребывать). — «La beauté», reprit Riquet à la houppe (красота, продолжил Рике с хохолком; reprendre — брать снова; продолжать) «est un si grand avantage (столь великое благо, avantage, m — преимущество) qu'il doit tenir lieu (что она может заменить; devoir — быть должным; tenir lieu de — быть вместо чего-либо, заменять что-либо: «держать место») de tout le reste (все остальное), et quand on le possède (и когда ею обладаешь), je ne vois pas (я не вижу) qu'il y ait rien (что будет иметься что-то) qui puisse nous affliger beaucoup (что смогло бы вас особенно опечалить; affliger — огорчать).» — «J'aimerais mieux (я предпочла бы)», dit la princesse (сказала принцесса), «être aussi laide que vous (быть столь же некрасивой, как вы) et avoir de l'esprit (и иметь ум), que d'avoir de la beauté comme j'en ai (чем иметь красоту, какая есть у меня), et être bête autant que je le suis (и быть столь же глупой, как я).» — «Il n'y a rien (ничто не служит: «нет ничего»; il y a — имеется; rien — ничего), madame, qui marque davantage qu'on a de l'esprit (более верным признаком ума: «что отмечает = показывает больше, что у человека есть ум»; marquer — отмечать; davantage — больше), que de croire n'en pas avoir (как мысль о его отсутствии: «как полагать, что его не имеешь»; croire — верить; полагать, думать), et il est de la nature de ce bien-là (и такова уж природа этого блага = дара), que plus on en a, plus on croit en manquer (что чем больше его у нас, тем больше мы полагаем, что испытываем в нем нехватку).» — «Je ne sais pas cela (я не знаю этого)», dit la princesse (сказала принцесса), «mais je sais bien (но я хорошо знаю; savoir — знать) que je suis fort bête (что я весьма глупа), et c'est de là que vient le chagrin (и именно от этого происходит печаль; venir — приходить) qui me tue (которая меня убивает).» — «Si ce n'est que cela (если только это), madame, qui vous afflige (вас огорчает), je puis aisément mettre fin à votre douleur (я могу легко положить конец вашей боли; mettre — класть; fin, f — конец).» — «Et comment ferez-vous (и как вы сделаете)?" dit la princesse. — «J'ai le pouvoir, madame (у меня есть способность, мадам)», dit Riquet à la houppe, «de donner de l'esprit (дать ум) autant qu'on en saurait avoir (столько, сколько вообще возможно иметь; savoir — знать; мочь) à la personne que je dois aimer le plus (тому человеку, кого я полюблю: «должен любить» больше всего), et comme vous êtes, madame, cette personne (и так как вы, мадам, этот человек), il ne tiendra qu'à vous (это зависит только от вас; tenir — держать; tenir à — зависеть) que vous n'ayez autant d'esprit (чтобы у вас было столько ума) qu'on en peut avoir (сколько вообще возможно: «сколько его можно иметь»; pouvoir — мочь), pourvu que vous vouliez bien m'épouser (лишь бы только вы захотели выйти = согласились за меня замуж; épouser — выходить замуж, жениться).»
Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il l'aborde avec tout le respect et toute la politesse imaginables. Ayant remarqué, après lui avoir fait les compliments ordinaires, qu'elle était fort mélancolique, il lui dit: «Je ne comprends point, madame, comment quelqu'un aussi belle que vous l'êtes peut être aussi triste que vous le paraissez, car, quoique je puisse me vanter d'avoir vu une infinité de belles personnes, je puis dire que je n'en ai jamais vu dont la beauté approche de la vôtre.» — «Cela vous plaît à dire, monsieur», lui répondit la princesse, et en demeure là. — «La beauté», reprit Riquet à la houppe, «est un si grand avantage qu'il doit tenir lieu de tout le reste, et quand on le possède, je ne vois pas qu'il y ait rien qui puisse nous affliger beaucoup.» — «J'aimerais mieux», dit la princesse, «être aussi laide que vous et avoir de l'esprit, que d'avoir de la beauté comme j'en ai, et être bête autant que je le suis.» — «Il n'y a rien, madame, qui marque davantage qu'on a de l'esprit, que de croire n'en pas avoir, et il est de la nature de ce bien-là, que plus on en a, plus on croit en manquer.» — «Je ne sais pas cela», dit la princesse, «mais je sais bien que je suis fort bête, et c'est de là que vient le chagrin qui me tue.» — «Si ce n'est que cela, madame, qui vous afflige, je puis aisément mettre fin à votre douleur.» — «Et comment ferez-vous?" dit la princesse. — «J'ai le pouvoir, madame», dit Riquet à la houppe, «de donner de l'esprit autant qu'on en saurait avoir à la personne que je dois aimer le plus, et comme vous êtes, madame, cette personne, il ne tiendra qu'à vous que vous n'ayez autant d'esprit qu'on en peut avoir, pourvu que vous vouliez bien m'épouser.»
La princesse demeura toute interdite (осталась очень озадаченной), et ne répondit rien (и не ответила ничего). — «Je vois (я вижу)», reprit Riquet à la houppe (продолжил Рике-с-хохолком), «que cette proposition vous fait de la peine (что это предложение вас смущает; peine, f — огорчение, страдание, боль), et je ne m'en étonne pas (и я этому не удивляюсь), mais je vous donne un an tout entier (но я вам даю целый год; entier — целый, полный) pour vous y résoudre (чтобы на это решиться).»
La princesse avait si peu d'esprit (имела настолько мало ума), et en même temps une si grande envie d'en avoir (и в то же самое время столь сильное желание его иметь), qu'elle s'imagina (что она вообразила) que la fin de cette année ne viendrait jamais (что конец этого года не наступит никогда; venir — приходить), de sorte qu'elle accepta la proposition qui lui était faite (так что она приняла предложение, которое ей было сделано). Elle n'eut pas plus tôt promis à Riquet à la houppe (она еще не успела пообещать Рике-с-хохолком; promettre) qu'elle l'épouserait (что она за него выйдет замуж) dans un an à pareil jour (через один год в тот же день; pareil — равный, подобный), qu'elle se sentit tout autre (как она почувствовала себя совсем другой; sentir — чувствовать) qu'elle n'était auparavant (нежели она была прежде), elle se trouva une facilité incroyable (она обнаружила невероятную легкость; trouver — находить) à dire tout ce qui lui plaisait (говорить все то, что она хотела; plaire — нравиться), et à le dire d'une manière fine (и говорить остроумно), aisée (непринужденно) et naturelle (и естественно). Elle commença dès ce moment une conversation galante (она начала с этой минуты любезный разговор) et soutenue avec Riquet à la houppe (и поддержанный Рике с хохолком; soutenir — поддерживать), où elle brilla d'une telle force (где она блистала с такой силой; briller — сверкать) que Riquet à la houppe crut lui avoir donné plus d'esprit (подумал, что ей дал больше ума, croire — верить; полагать) qu'il ne s'en était réservé pour lui-même (чем он оставил для себя самого).
La princesse demeura toute interdite, et ne répondit rien. — «Je vois», reprit Riquet à la houppe, «que cette proposition vous fait de la peine, et je ne m'en étonne pas, mais je vous donne un an tout entier pour vous y résoudre.»
La princesse avait si peu d'esprit, et en même temps une si grande envie d'en avoir, qu'elle s'imagina que la fin de cette année ne viendrait jamais, de sorte qu'elle accepta la proposition qui lui était faite. Elle n'eut pas plus tôt promis à Riquet à la houppe qu'elle l'épouserait dans un an à pareil jour, qu'elle se sentit tout autre qu'elle n'était auparavant, elle se trouva une facilité incroyable à dire tout ce qui lui plaisait, et à le dire d'une manière fine, aisée et naturelle. Elle commença dès ce moment une conversation galante et soutenue avec Riquet à la houppe, où elle brilla d'une telle force que Riquet à la houppe crut lui avoir donné plus d'esprit qu'il ne s'en était réservé pour lui-même.
Quand elle fut retournée au palais (когда она возвратилась во дворец), toute la cour ne savait que penser d'un changement si subit et si extraordinaire (весь двор не знал, что подумать о столь чрезвычайном и столь внезапном изменении), car autant qu'on lui avait ouï dire d'impertinences auparavant (ибо, насколько от нее слышали прежде, как она говорила глупости; impertinence, f — дерзость, глупость устар.; auparavant — прежде; ouïr — слышать), autant lui entendait-on dire des choses bien sensées et infiniment spirituelles (настолько теперь услышали, как она говорит очень рассудительные и бесконечно остроумные вещи; chose, f — вещь; entendre — слышать). Toute la Cour en eut une joie (всему двору от этого была радость) qui ne se peut imaginer (которую невозможно вообразить), il n'y eut que sa cadette (имелась только младшая) qui n'en fut pas bien aise (которая не была на самом деле довольна), parce que n'ayant plus sur son aînée l'avantage de l'esprit (потому что, не имея больше над своей старшей превосходства в уме), elle ne paraissait plus auprès d'elle (она казалось рядом с ней) qu'une guenon fort désagréable (всего лишь очень неприятной уродиной; guenon, f — обезьяна/самка/; мартышка; уродина, мартышка/о женщине/). Le roi se conduisait selon ses avis (король прислушивался к ее советам; se conduire — руководствоваться; avis, m — мнение), et allait même quelquefois tenir le conseil dans son appartement (и проводил даже порой совет в ее покоях; tenir — держать).
Quand elle fut retournée au palais, toute la cour ne savait que penser d'un changement si subit et si extraordinaire, car autant qu'on lui avait ouï dire d'impertinences auparavant, autant lui entendait-on dire des choses bien sensées et infiniment spirituelles. Toute la cour en eut une joie qui ne se peut imaginer, il n'y eut que sa cadette qui n'en fut pas bien aise, parce que n'ayant plus sur son aînée l'avantage de l'esprit, elle ne paraissait plus auprès d'elle qu'une guenon fort désagréable. Le roi se conduisait selon ses avis, et allait même quelquefois tenir le conseil dans son appartement.
Le bruit de ce changement (слух об этой перемене) s'étant répandu (распространился; se répandre), tous les jeunes princes des royaumes voisins (все молодые принцы соседних королевств) firent grands efforts (приложили большие усилия) pour s'en faire aimer (чтобы заслужить ее любовь: «заставлять себя ею любить»), et presque tous la demandèrent en mariage (и почти все просили ее руки: «просили в супружество»), mais elle n'en trouvait point (но она не нашла никого) qui eût assez d'esprit (у кого бы было достаточно ума), et elle les écoutait tous (и она их слушала всех) sans s'engager avec l'un d'eux (ничего не обещая никому из них).
Le bruit de ce changement s'étant répandu, tous les jeunes princes des royaumes voisins firent grands efforts pour s'en faire aimer, et presque tous la demandèrent en mariage, mais elle n'en trouvait point qui eût assez d'esprit, et elle les écoutait tous sans s'engager avec l'un d'eux.
Cependant il en vint un si puissant (между тем к ней прибыл один столь могущественный), si riche (столь богатый), si spirituel (столь умный) et si bien fait (и столь красивый: «хорошо сложенный»), qu'elle ne put s'empêcher (что она не смогла удержаться) d'avoir de la bonne volonté pour lui (от проявления хорошего расположения к нему). Son père s'en étant aperçu lui dit (отец, заметив это, сказал ей; apercevoir — замечать) qu'il la faisait la maîtresse sur le choix d'un époux (что он ее делает хозяйкой/госпожой по выбору супруга = что она сама может выбрать себе супруга), et qu'elle n'avait qu'à se déclarer (и что она должна только высказаться; déclarer — декларировать; объявлять; se déclarer — высказываться, высказывать свое мнение). Comme plus on a d'esprit (так как чем больше у человека ума) et plus on a de peine à prendre une ferme résolution (тем труднее: «больше у человека муки» принять твердое/окончательное решение) sur cette affaire (по этому вопросу), elle demanda (она попросила), après avoir remercié son père (после того, как поблагодарила своего отца), qu'il lui donnât du temps pour y penser (что он ей дал время над этим поразмыслить).
Cependant il en vint un si puissant, si riche, si spirituel et si bien fait, qu'elle ne put s'empêcher d'avoir de la bonne volonté pour lui. Son père s'en étant aperçu lui dit qu'il la faisait la maîtresse sur le choix d'un époux, et qu'elle n'avait qu'à se déclarer. Comme plus on a d'esprit et plus on a de peine à prendre une ferme résolution sur cette affaire, elle demanda, après avoir remercié son père, qu'il lui donnât du temps pour y penser.
Elle alla par hasard se promener dans le même bois (она пошла случайно = как-тораз погулять в тот же лес; hasard, m — случай, случайность) où elle avait trouvé Riquet à la houppe (где она /ранее/ нашла = встретила Рике-с-хохолком), pour rêver plus commodément à ce qu'elle avait à faire (чтобы обдумать более удобно = на лоне природы то, что ей нужно делать = что ей делать; rêver — мечтать; обдумывать, устар.; commode — удобный). Dans le temps qu'elle se promenait (в то время, когда она гуляла), rêvant profondément (глубоко задумавшись), elle entendit un bruit sourd sous ses pieds (она услышала глухой шум под своими ногами), comme de plusieurs personnes qui vont et viennent (как будто несколько человек ходят туда-сюда: «уходят и приходят») et qui agissent (и суетятся: «действуют»). Ayant prêté l'oreille plus attentivement (прислушавшись внимательнее; prêter l'oreille — прислушаться, «одолжитьухо»), elle ouït que l'un disait (она услышала, как кто-то говорит): «Apporte-moi cette marmite (принеси мне этот котелок)», l'autre (другой): «Donne-moi cette chaudière (подай мне этот котел)», l'autre: «Mets du bois dans ce feu (подложи дров в этот огонь).» La terre s'ouvrit dans le même temps (земля разверзлась в то же мгновение), et elle vit sous ses pieds (и она увидела под своими ногами) comme une grande cuisine (нечто вроде большой кухни) pleine de cuisiniers (полную поваров), de marmitons (поварят) et de toutes sortes d'officiers nécessaires pour faire un festin magnifique (и всевозможных распорядителей, необходимых, чтобы приготовить роскошный пир). Il en sortit une bande de vingt ou trente rôtisseurs (от них отделилась толпа в двадцать или тридцать вертельщиков жареного мяса; rôtir — жарить, поджаривать), qui allèrent se camper dans une allée du bois (которые направились в одну из аллей леса, чтобы расположиться) autour d'une table fort longue (вокруг очень длинного стола), et qui tous (все), la lardoire à la main (со шпиговальными иглами в руках), et la queue de renard (и в шапках с лисьими хвостиками; queue, f — хвост; renard, m — лиса) sur l'oreille (/свешивающимися/ на ухо; oreille, f — ухо), se mirent à travailler (принялись работать) en cadence au son d'une chanson harmonieuse (в такт под звуки благозвучной песни).
Elle alla par hasard se promener dans le même bois où elle avait trouvé Riquet à la houppe, pour rêver plus commodément à ce qu'elle avait à faire. Dans le temps qu'elle se promenait, rêvant profondément, elle entendit un bruit sourd sous ses pieds, comme de plusieurs personnes qui vont et viennent et qui agissent. Ayant prêté l'oreille plus attentivement, elle ouït que l'un disait: «Apporte-moi cette marmite», l'autre: «Donne-moi cette chaudière», l'autre: «Mets du bois dans ce feu.» La terre s'ouvrit dans le même temps, et elle vit sous ses pieds comme une grande cuisine pleine de cuisiniers, de marmitons et de toutes sortes d'officiers nécessaires pour faire un festin magnifique. Il en sortit une bande de vingt ou trente rôtisseurs, qui allèrent se camper dans une allée du bois autour d'une table fort longue, et qui tous, la lardoire à la main, et la queue de renard sur l'oreille, se mirent à travailler en cadence au son d'une chanson harmonieuse.
La princesse, étonnée de ce spectacle (удивленная этой сценой), leur demanda pour qui ils travaillaient (у них спросила, для кого они работают). «C'est, madame», lui répondit le plus apparent de la bande (ответил ей наиболее видный из толпы), «pour le prince Riquet à la houppe, dont les noces se feront demain (для принца Рике-с-хохолком, чья свадьба будет: «сделается» завтра).» La princesse encore plus surprise qu'elle ne l'avait été (еще более удивленная, чем была), et se ressouvenant tout à coup (и вспомнив внезапно; tout à coup — вдруг) qu'il y avait un an qu'à pareil jour (что год тому назад в этот же день) elle avait promis d'épouser le prince Riquet à la houppe (она обещала выйти замуж за Рике-с-хохолком), elle pensa tomber de son haut (ей показалось, что она падает со своей высоты = она была обескуражена; tomber — падать; haut, m — высота). Ce qui faisait que (то, что делало, что = причиной тому) qu'elle ne s'en souvenait pas (что она об этом не вспоминала/не помнила; souvenir — вспоминать), c'est (было то), quand elle fit cette promesse (/что/ когда она давала это обещание), elle était une bête (она была глупой), et qu'en prenant le nouvel esprit (а получив новый ум; prendre — брать) que le prince lui avait donné (который принц ей дал), elle avait oublié toutes ses sottises (она забыла все свои глупости).
La princesse, étonnée de ce spectacle, leur demanda pour qui ils travaillaient. «C'est, madame», lui répondit le plus apparent de la bande, «pour le prince Riquet à la houppe, dont les noces se feront demain.» La princesse encore plus surprise qu'elle ne l'avait été, et se ressouvenant tout à coup qu'il y avait un an qu'à pareil jour elle avait promis d'épouser le prince Riquet à la houppe, elle pensa tomber de son haut. Ce qui faisait qu'elle ne s'en souvenait pas, c'est que, quand elle fit cette promesse, elle était une bête, et qu'en prenant le nouvel esprit que le prince lui avait donné, elle avait oublié toutes ses sottises.
Elle n'eut pas fait trente pas (она не сделала и тридцати шагов) en continuant sa promenade (продолжая свою прогулку), que Riquet à la houppe se présenta à elle (как Рике-с-хохолком предстал перед ней), brave (смелый/удалой), magnifique (великолепный), et comme un prince qui va se marier (и как принц, который собирается жениться).
«Vous me voyez (вы видите, что я: «вы видите меня»)», dit-il (он сказал), «madame, exact à tenir ma parole (верно держу мое слово; exact — точно), et je ne doute point (и я нисколько не сомневаюсь) que vous ne veniez ici (что вы пришли сюда) pour exécuter la vôtre (чтобы исполнить ваше /слово, обещание/), et me rendre (и меня сделать), en me donnant la main (отдав мне вашу руку), le plus heureux de tous les hommes (самым счастливым среди людей; rendre heureux — сделать счастливым).» — «Je vous avouerai franchement (я вам признаюсь откровенно)», répondit la princesse (ответила принцесса), «que je n'ai pas encore pris ma décision là-dessus (что я не приняла еще моего решения об этом), et que je ne crois pas (и что я не думаю; croire — думать) pouvoir jamais la prendre telle (что смогу когда-нибудь принять такое) que vous la souhaitez (какое вы желаете: «каким вы его желаете»).» — «Vous m'étonnez, madame» (вы меня удивляете), lui dit Riquet à la houppe (сказал ей Рике-с-хохолком). — «Je le crois (я вам верю)», dit la princesse, «et assurément (и безусловно) si j'avais affaire à un brutal (если бы я имела дело с грубым = с невежей), à un homme sans esprit (с недалеким человеком), je me trouverais bien embarrassée (я оказалась бы в большом затруднении). Une princesse n'a que sa parole (слово принцессы свято: «у принцессы нет ничего, кроме ее слова»), me dirait-il (он мне сказал бы), et il faut que vous m'épousiez (и вы должны за меня выйти замуж: «и нужно, чтобы вы вышли за меня замуж»), puisque vous me l'avez promis (так как вы мне это обещали), mais comme celui à qui je parle (но так как тот, с кем я разговариваю) est l'homme du monde (светский человек) qui a le plus d'esprit (у которого более всего ума), je suis sûre (я уверена) qu'il entendra raison (что он прислушается к голосу разума). Vous savez que, quand je n'étais qu'une bête (вы знаете, что когда я была еще глупой), je ne pouvais néanmoins me résoudre à vous épouser (я не смогла решиться, тем не менее, выйти за вас замуж), comment voulez-vous qu'ayant l'esprit que vous m'avez donné (как же вы хотите, чтобы обладая умом, который вы мне дали), qui me rend encore plus difficile en gens que je n'étais (который меня делает еще более разборчивой в людях, чем прежде), je prenne aujourd'hui une décision (/чтобы/ приняла сегодня решение) que je n'ai pu prendre dans ce temps-là (которое я не смогла принять в то время)? Si vous pensiez tout de bon à m'épouser (если вы думали в самом деле о том, чтобы на мне жениться), vous avez eu grand tort (вы сделали большую ошибку) de m'ôter ma bêtise (избавив меня от моей глупости), et de me faire voir plus clair que je ne voyais (и научив меня видеть более ясно, чем я видела /раньше/).» — «Si un homme sans esprit (если глупому человеку)», répondit Riquet à la houppe, «serait bien reçu (было бы позволено: «был бы хорошо принят»; recevoir — получать; принимать), comme vous venez de le dire (как вы только что сказали), à vous reprocher votre manque de parole (вас упрекать в нарушении данного вами слова), pourquoi voulez-vous (почему же вы хотите), madame, que je n'en use pas de même (чтобы я этим не воспользовался также), dans une chose où il y va de tout le bonheur de ma vie (в деле, в котором речь идет о всем счастье моей жизни; chose, f — вещь)? Est-il raisonnable que les personnes (разве справедливо/разумно, что люди) qui ont de l'esprit (у которых есть ум) soient d'une pire condition que ceux (будут в худших условиях, чем те) qui n'en ont pas (у которых его нет)? Le pouvez-vous prétendre (и это вы можете утверждать), vous qui en avez tant (вы, у которой его так много; tant — так, столько), et qui avez tant souhaité d'en avoir (и которая так хотела его иметь)? Mais venons au fait (но давайте перейдем к делу), s'il vous plaît (пожалуйста). À la réserve de ma laideur (кроме моего уродства), y a-t-il quelque chose en moi (имеется ли что-нибудь во мне) qui vous déplaise (что бы вам не нравилось)? Êtes-vous mal contente de ma naissance (вы недовольны моим родом: «рождением»), de mon esprit (моим умом), de mon humeur (моим нравом), et de mes manières (моими манерами)?» — «Nullement (нисколько)», répondit la princesse, «j'aime en vous tout ce que vous venez de me dire (я люблю = мне нравится в вас все то, о чем вы только что мне сказали).» — «Si cela est ainsi (если это так)», reprit Riquet à la houppe (продолжил Рике-с-хохолком), «je vais être heureux (я собираюсь быть счастливым), puisque vous pouvez me rendre (так как вы можете меня сделать) le plus aimable de tous les hommes (самым любезным/достойным любви из всех людей).» — «Comment cela se peut-il faire (как это может быть)?» lui dit la princesse. — «Cela se fera (так будет)», répondit Riquet à la houppe, «si vous m'aimez assez (если вы меня любите достаточно) pour souhaiter (чтобы пожелать) que cela soit (чтобы это было), et afin (и дабы), madame, que vous n'en doutiez pas (вы в этом не сомневались), sachez que la même fée (знайте, что та же самая фея) qui au jour de ma naissance (которая в день моего рождения) me fit le don de pouvoir rendre spirituelle la personne (меня наградила даром наделять умом /какого-либо/ человека) qu'il me plairait (которую мне захотелось бы /одарить/), vous a aussi fait le don de pouvoir rendre beau celui (вас наградила также даром наделять красотой того) que vous aimerez (кого вы полюбили бы), et à qui vous voudrez bien faire cette faveur (и кого вы захотели бы удостоить этой милостью).» — «Si la chose est ainsi (если дело обстоит таким образом)», dit la princesse, «je souhaite de tout mon cœur (я желаю от всего сердца; souhaiter — желать) que vous deveniez le prince du monde le plus beau et le plus aimable (чтобы вы стали самым любезным и самым красивым принцем на земле; devenir — становиться), et je vous en fais le don autant qu'il est en moi (и я вам даю это в дар, настолько, насколько он /т.е. красота/ есть во мне).»
Elle n'eut pas fait trente pas en continuant sa promenade, que Riquet à la houppe se présenta à elle, brave, magnifique, et comme un prince qui va se marier.
«Vous me voyez», dit-il, «madame, exact à tenir ma parole, et je ne doute point que vous ne veniez ici pour exécuter la vôtre, et me rendre, en me donnant la main, le plus heureux de tous les hommes.» — «Je vous avouerai franchement», répondit la princesse, «que je n'ai pas encore pris ma décision là-dessus, et que je ne crois pas pouvoir jamais la prendre telle que vous la souhaitez.» — «Vous m'étonnez, madame», lui dit Riquet à la houppe. — «Je le crois», dit la princesse, «et assurément si j'avais affaire à un brutal, à un homme sans esprit, je me trouverais bien embarrassée. Une princesse n'a que sa parole, me dirait-il, et il faut que vous m'épousiez, puisque vous me l'avez promis, mais comme celui à qui je parle est l'homme du monde qui a le plus d'esprit, je suis sûre qu'il entendra raison. Vous savez que, quand je n'étais qu'une bête, je ne pouvais néanmoins me résoudre à vous épouser, comment voulez-vous qu'ayant l'esprit que vous m'avez donné, qui me rend encore plus difficile en gens que je n'étais, je prenne aujourd'hui une décision que je n'ai pu prendre dans ce temps-là? Si vous pensiez tout de bon à m'épouser, vous avez eu grand tort de m'ôter ma bêtise, et de me faire voir plus clair que je ne voyais.» — «Si un homme sans esprit», répondit Riquet à la houppe, «serait bien reçu, comme vous venez de le dire, à vous reprocher votre manque de parole, pourquoi voulez-vous, Madame, que je n'en use pas de même, dans une chose où il y va de tout le bonheur de ma vie? Est-il raisonnable que les personnes qui ont de l'esprit soient d'une pire condition que ceux qui n'en ont pas? Le pouvez-vous prétendre, vous qui en avez tant, et qui avez tant souhaité d'en avoir? Mais venons au fait, s'il vous plaît. À la réserve de ma laideur, y a-t-il quelque chose en moi qui vous déplaise? Êtes-vous mal contente de ma naissance, de mon esprit, de mon humeur, et de mes manières?» — «Nullement», répondit la princesse, «j'aime en vous tout ce que vous venez de me dire.» — «Si cela est ainsi», reprit Riquet à la houppe, «je vais être heureux, puisque vous pouvez me rendre le plus aimable de tous les hommes.» — «Comment cela se peut-il faire?» lui dit la princesse. — «Cela se fera», répondit Riquet à la houppe, «si vous m'aimez assez pour souhaiter que cela soit, et afin, madame, que vous n'en doutiez pas, sachez que la même fée qui au jour de ma naissance me fit le don de pouvoir rendre spirituelle la personne qu'il me plairait, vous a aussi fait le don de pouvoir rendre beau celui que vous aimerez, et à qui vous voudrez bien faire cette faveur.» — «Si la chose est ainsi», dit la princesse, «je souhaite de tout mon cœur que vous deveniez le prince du monde le plus beau et le plus aimable, et je vous en fais le don autant qu'il est en moi.»
La princesse n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles (не успела произнести этих слов), que Riquet à la houppe parut à ses yeux (показался/явился ее глазам; paraître — казаться) l'homme du monde le plus beau (самым красивым человеком в мире), le mieux fait (самым стройным; mieux — лучше), et le plus aimable (и самым любезным) qu'elle eût jamais vu (какого она когда-либо видела).
Quelques-uns assurent (иные уверяют) que ce ne furent point les charmes de la fée qui opérèrent (что совсем не чары феи подействовали), mais que l'amour seul fit cette métamorphose (но что только любовь произвела это превращение). Ils disent (они говорят) que la princesse ayant fait réflexion sur la persévérance de son amant (что принцесса, поразмыслив о постоянстве своего поклонника), sur sa discrétion (о его скромности), et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de son esprit (и обо всех прекрасных качествах его души и его ума), ne vit plus la difformité de son corps (не видела больше ни уродства его тела), ni la laideur de son visage (ни безобразности его лица), que sa bosse ne lui sembla (что его горб ей показался) plus que le bon air d'un homme (лучше, чем пригожесть человека; avoir bon air — хорошо выглядеть) qui fait le gros dos (который делает большую спину = важничает; dos, m — спина; faire le gros dos — выгибать спину/о кошке/; важничать; gros — толстый; большой, крупный), et qu'au lieu que jusqu'alors (и что вместо того, как /было/ до сих пор) elle l'avait vu boiter effroyablement (/когда ранее/ она видела, что он ужасно хромает), elle ne lui trouva plus qu'un certain air penché (/теперь/ она нашла у него лишь слегка наклоненный вид = легкую сутулость; air, m — вид; se pencher — наклоняться) qui la charmait (который ее очаровывал), ils disent encore que ses yeux (они говорят еще, что глаза), qui étaient louches (которые были косыми; loucher — косить глазами), ne lui en parurent que plus brillants (ей показались от этого еще более блестящими), que leur dérèglement passa dans son esprit (/так/ что их несоответствие: «беспорядок, нарушение» предстало в ее уме; passer — проходить; считаться) pour la marque d'un violent excès d'amour (знаком необузданного избытка любви), et qu'enfin son gros nez rouge (и что, наконец, его крупный красный нос) eut pour elle quelque chose de martial et d'héroïque (имел для нее нечто воинственное и героическое).
La princesse n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la houppe parut à ses yeux l'homme du monde le plus beau, le mieux fait, et le plus aimable qu'elle eût jamais vu.
Quelques-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la fée qui opérèrent, mais que l'amour seul fit cette métamorphose. Ils disent que la princesse ayant fait réflexion sur la persévérance de son amant, sur sa discrétion, et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de son esprit, ne vit plus la difformité de son corps, ni la laideur de son visage, que sa bosse ne lui sembla plus que le bon air d'un homme qui fait le gros dos, et qu'au lieu que jusqu'alors elle l'avait vu boiter effroyablement, elle ne lui trouva plus qu'un certain air penché qui la charmait, ils disent encore que ses yeux, qui étaient louches, ne lui en parurent que plus brillants, que leur dérèglement passa dans son esprit pour la marque d'un violent excès d'amour, et qu'enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de martial et d'héroïque.
Quoi qu'il en soit (как бы там ни было), la princesse lui promit sur-le-champ de l'épouser (принцесса тотчас же пообещала ему выйти за него замуж), pourvu qu'il en obtint le consentement du roi son père (лишь бы только он для этого получил согласие короля, ее отца; obtenir). Le roi ayant su que sa fille avait beaucoup d'estime pour Riquet à la houppe (узнав, что его дочь имеет = испытывает очень большое уважение к Рике-с-хохолком; estime, f — уважение), qu'il connaissait d'ailleurs (которого он знал к тому же) pour un prince très spirituel et très sage (как очень умного и очень рассудительного принца), le reçut avec plaisir (его принял с удовольствием; recevoir — принимать) pour son gendre (как/в качестве своего зятя).
Dès le lendemain les noces furent faites (на следующий день свадьба была отпразднована: «сделана»), ainsi que Riquet à la houppe l'avait prévu (как Рике-с-хохолком это /и/ предвидел; prévoir — предвидеть), et selon les ordres (и в соответствии с приказом) qu'il en avait donnés longtemps auparavant (который он отдал задолго до этого; auparavant — прежде, раньше, доэтого).
Quoi qu'il en soit, la princesse lui promit sur-le-champ de l'épouser, pourvu qu'il en obtint le consentement du roi son père. Le roi ayant su que sa fille avait beaucoup d'estime pour Riquet à la houppe, qu'il connaissait d'ailleurs pour un prince très spirituel et très sage, le reçut avec plaisir pour son gendre.
Dès le lendemain les noces furent faites, ainsi que Riquet à la houppe l'avait prévu, et selon les ordres qu'il en avait donnés longtemps auparavant.
MORALITÉ (мораль)
Ce que l'on voit dans cet écrit (то, что мы видим в написанном здесь),
Est moins un conte en l'air que la vérité même (менее сказка по виду, чем сама правда = скорее правда, чем сказка);
Tout est beau dans ce que l'on aime (все красиво в том, что мы любим),
Tout ce qu'on aime a de l'esprit (у всего того, что любим, есть разум).
MORALITÉ
Ce que l'on voit dans cet écrit,
Est moins un conte en l'air que la vérité même;
Tout est beau dans ce que l'on aime,
Tout ce qu'on aime a de l'esprit.
AUTRE MORALITÉ (другая мораль)
Dans un objet où la nature, (в предмете, куда природа)
Aura mis de beaux traits (вложит красивые черты), et la vive peinture (и живые краски),
D'un teint où jamais l'art ne saurait arriver (таких цветов, которых никогда искусство не сможет достигнуть),
Tousces dons (все эти дары) pourront moins pour rendre un cœur sensible (будут менее способны сделать сердце чувствующим),
Qu'un seul agrément invisible (чем одно невидимое согласие)
Que l'amour y fera trouver (которое любовь там отыщет).
AUTRE MORALITÉ
Dans un objet où la nature,
Aura mis de beaux traits, et la vive peinture
D'un teint où jamais l'art ne saurait arriver,
Tous ces dons pourront moins pour rendre un cœur sensible,
Qu'un seul agrément invisible
Que l'amour y fera trouver.