Madame, ma tres chere et bonne amie! C’est aves le plus grand regret que j’apprends que vous etes toujours souffrante et alitee… Dites moi seulement que vous ferez une exception pour moi; que vous me recevrez dans votre chambre a coucher et j'abandonnerai mes occupations pour venir vous voir. Souvenez vous de ce que je suis medecin, si vous ne voulez pas vous souvenir de ce que je suis pour vous un ami plus sincere et plus devoue, que toutes ces femelles que vous recevez, sans doute, sans facon…
En attendant votre reponce verbale (qui me suffit) je peux me permettre de vous parler un peu serieusement.
Ecoutez, vous etes souffrante. Souvenez vous des signes de croix que vous avez faits lorsque vos chevaux furent un peu trop fringants lors de notre promenade de voiture? Eh bien? Je trouve qu a ce moment vous aviez bien plus d’esprit que lorsque vous vous aplatissez ignominieusement devant le realisme.
Croyez moi, il у avait un temrs ou ne pas croire a Dieu, pouvait veritablement etre une espece de prevue de haute intelligence; (egaree ou non, mais haute)… La sciense etait nouvelle, elle etait jeune alors, elle promettait beaucoup… Qu a-t-elle tenu? Que nous a-t-elle donne, excepte des sujets pour satisfaire notre curiosite, sujets tres attrayants, mais au fond fort vains?
Toute cette fameuse science n’est qu'un eclatant mirage entre deux abimes sans fond, entre les premieres hypotheses, les mysteres improuvables des pseudo-fondements scientifiques et entre l'abime sans limites du futur, de toute espece de futur, de l’avenir personnel et de l’avenir du genre humain.
Toutes ces sciences, nominees superieures par cette ecole positive que professe la racaille contemporaine, sont fondees sur la physique et la chimie. Eh bien, sur quoi sont assises a leur tour ces deux sciences fondamentales? Sur le systeme (sur le mystere) des atomes que personne n’a vu et ne peut jamais voir d’apres l’idee de la science elle meme. L atome n’a pas de dimension; c'est done un zero. Un zero multiplie par mille zeros peut il donner une quantite positive? Un rien, une abstraction, une invention toute metaphysique des savants… cet atome (multipliez-le tant qu'il vous plait)— comment peut-il produire des corps etendus, palpables, visibles, immenses quelquefois?
Pourquoi, ma tres chere amie, serait-ce un mystere moins mysterieux que le dogme de la S. Trinite, du peche originel et de la Redemrtion?
Ilуa une difference cependant entre les deux mysteres… Le pretre avoue que la Trinite est une mystere, il s’incline et vous propose sincerement d’y croire… Le professeur assure que les atomes sont une verite reelle. «Je sais!», vous dit-il. Lequel des deux est plus honnete ou plus consequent? Votre bonne petite tete genevoise n’a pas besoin de tout de developpement pour le reste. Voila l'abime des fondements…
Quant a l'abime du present (que au fond n’existe pas et qui nest qu’une intersection impalpable dy passe immobile et irremediable et du futur inconnu…), disons done quant а l'abime du moment qui va suivre… La science qu’a-t-elle fait de positif pour ce present et cet avenir? Rien que des promesses de bien-etre que personne ne peut…
Ainsi done une foi, une croyance а l'inconnu, a l’eudemonisme enfin prive et publique. Un mystere pour commencer, beaucoup de fracas et de clinquants avec beaucoup de prose au milieu, — et une croyance a Vinconnu comme but final… Je ne vois pas que cela soit plus logique que le Christianisme. NonI On a plus d’esprit lorsqu’on prie Dieu que lorsqu’on admire un laquais comme celui que je ne veux pas nommer dans cette lettre serieuse.
Chere Madame Onoul Croyez moi — devenez chretienne et vous serez retablie.
Lorsque je vous dis chretienne, je veux dire orthodoxe sans doute. Vous etes trop savante et trop pensante pour ne pas savoir vous-meme qu un moine comme Luther qui a jete son froc aux orties et qui a tres illogiquement invente une nouvelle religion, n’etait pas consequent. Pensez-y vous-meme. Souvenez vous bien de vos lectures, de toute votre connaissance a vous…
Appelez tout doucement le pere Smaragde. Les details lui sont plus familiers qu a moi. Et puis un essai… Madame, qui sait?.. Qu'y perdrez vous en tout cas, si rien у est? Rien. Qu’y gagnez vous, si vous etes dans l’erreur? Tout… Pour votre prompt retablissement, je vous reponds… J'y crois, j'y crois! Je le sais. Et voila pourquoi.
Je vous envoie une image de la Sainte Vierge «Утоли моя печали». Je vous envoie aussi une petite livre «Акафист Божей Матери Утоли моя печали» qu’un pauvre ermite du Mont Athos m'a donne en me rencontrant par hasard sur la route. Il me l'а donne en me voyant malade et abattu. Depuis lors je l'ai eu toujours sous mon chevet et je ne m'endors jamais sans lire au moins un passage de ce petit livre.
Je ne vous fait pas present de cette image; pour le moment cest impossible; croyez-moi que ce n’est que pour une personne d’elite comme vous que j'ai le courage de m’en separer pour quelque temps. Ecoutez moi, ecoutez moi je vous dis. Pendez cette image devant vous pour qu’elle soit toujours a la portee de vos regards. Faite un effort sur vous pour lire le petit livre jusq’au bout une fois. Cela suffit. Vous verrez la poesie sublime de ce lyrisme chretien. Faites un effort pour commencer. Je sais que vous l’ouvriez presque avec aversion… Mais je sais aussi que vous changerez d'idees et de gout dans quelques jours…
Cette image est une copie d’une image miraculeuse qui se trouve au Mont-Athos. Je connais la force… La Divinite, la Sainte Vierge et les saints ont deux manieres d'agir sur un homme qui s’incline devant eux — une maniere instantanee que Гоп nomme miracle et dont j'ai fait moi meme une experience eclatante au Mont-Athos; et une autre naturelle et lente, mais fort sensible pour un esprit attentif. C'est a dire en grouppant les circonstances ordinaires de la vie d’une facon profitable pour notre retablissement moral et physigue. Vous en avez aussi un exemple sur moi. J'arrive a Cple dans un etat deplorable, sans argent sans aucune chance pour mon avenir, avec une espece de terreur inferieure qui me devore presqu'a chaque instant, meme au milieu d'une conversation animee et qui semble etre fort gaie; avec une sante abimee… Mais j'arrive dans cette capitale avec la ferme conviction que c'est Dieu qui l'а voulu, que c'est la Sainte Vierge qui a ben it ce voyage. Qu'arrive-t-il? La sante se retablie, les amis sont aimables et hospitaliers, l'argent arrive toujours au moment ou je ne sais plus que faire. Tantot c’est le Ministere qui me donne tout un tiercal (=«Tiercon») d'une maniere inattendue, tantot c’est le «Русский Вестник» qui envoie 1.000 roubles. Maintenant je n’ai que 10 livres turques, je ne sais ce que (je) mangerai dans ma nouvelle maison et ce que j’enverrai a ma femme pour le mois de mai… Mais je ne crainds pas. Je sais que l’argent viendra de quelque part: car Dieu le veut et il rendra les hommes plus intelligents qu’ils ne paraissent, peut-etre, dans un moment de doute…
La sante s’est retablie la terreur est pas see, la femme a ete tout bien que mal nourrie et habillee tout le temps, le «Русский Вестник» me fait des avances, Chalky me plait, mes articles ont du succes, j'ecris beaucoup…
Voila ce que je nomme disposer les circonstances en notre faveur, la seconde facon d’agir. Quant aux miracle, je vous ai raconte ce qui m’est arrive au Mont-Athos avec mon bras malade et avec les deux evangiles.
HelasI Dois-je vous l'avouer? J'ai peur… La crainte du ridicule peut-etre? Un homme comme tout le monde, un Leontiew que nous connaissons tous, un vieux debauche qui se fait mystique lorsqu’il ne peut plus etre debauche (on peut toujours Vetre, Madame, on trouve mille moyens de l’etre) se prend a faire l’apotre de l’Orthodoxie… C’est terrible le ridicule, n’est ce pas.
Allons done, Madame, allons done! Je me trompe… C'est vous; cest a vous que je me adresse… A vous!
Que la benediction de Dieu soit avec vous; quant a mes humbles et mauvaises prieres, elles ne manqueront pas…
II у a encore de bonnes maisons a Chalky qui ne sont pas louees. Qu en dites vous, ou qu’en disent les medicine «tou cosmou toutou»?
Votre devoue: Leontiew.
Перевод:
Сударыня, драгоценнейший и добрейший друг мой! С величайшим сожалением узнал я, что Вы все еще больны и не встаете с постели… Но скажите мне только одно: Вы сделаете для меня исключение и примете у себя в спальне. Я оставлю все свои занятия ради того, чтобы видеть Вас. И если Вы забыли, что имеете во мне друга более искреннего и более преданного, чем все те женщины, которых Вы принимаете, конечно же, безо всяких церемоний, вспомните, что ведь я врач…
А пока, в ожидании Вашего устного ответа (которого мне вполне достаточно), можно поговорить о более важных предметах.
Так слушайте. Помните, как Вы крестились во время нашей прогулки в коляске, когда лошади вдруг понеслись с излишней резвостью? Ведь так? Мне кажется, тогда Вас нашлось более разума, чем когда Вы недостойно распластываетесь перед материализмом.
Поверьте, если раньше отрицание Бога еще могло быть в какой-то мере свидетельством умственного превосходства (истинного или нет, но превосходства)… Наука была тогда внове и еще молода, она много обещала… Но что из этого вышло? Что дала она нам, кроме предметов для удовлетворения любопытства, весьма, правда, привлекательных, но, в сущности, призрачных?
Вся эта хваленая наука есть не что иное, как блестящий мираж между двумя безднами, между начальными гипотезами, непостижимыми тайнами псевдонаучных обоснований и бездной будущего, как личного, так и всего рода человеческого.
Все эти науки, называемые объединившимся в позитивную школу нынешним сбродом высшими, выводятся из физики и химии. Ну а на чем же основаны сами эти фундаментальные науки? На системе (на тайне) атомов, которых никто не видел и, согласно понятиям той же науки, никогда не сможет увидеть. У атома нет размеров, следовательно, это всего лишь нуль. Один нуль, помноженный на тысячу нулей, может ли он дать вещественную величину? Ничто, абстракция, метафизическая выдумка ученых… этот атом (сколько бы мы его ни умножали) — как он может произвести протяженные, осязаемые, видимые, а иногда огромные тела?
Почему, дражайший мой друг, тайна сия менее таинственна, чем догмат о Св. Троице, первородном грехе и искуплении?
Впрочем, между этими двумя тайнами есть некоторая разница… Священник признает, что Троица непостижима, склоняется перед нею и искренно предлагает вам верить этому… Профессор же утверждает, будто атомы суть реальная истина. «Я-то знаю» — говорит он вам. Кто же из них честнее и последовательнее? Полагаю, для Вашей умной женевской[140] головки уже не требуются дальнейшие рассуждения. Вот где погибельная бездна так называемых основ…
Что касается бездны настоящего (каковое, в сущности, не существует, ибо есть лишь неосязаемое пересечение застывшего и бесповоротного прошлого и неизвестного будущего…), то лучше говорить о бездне ближайшего времени… (…)
Итак, мы имеем веру в неизвестное, а в конце концов — личный и общественный эвдемонизм[141]. Вначале тайна, потом много треска и мишуры с изрядным количеством низменной прозы и, в качестве конечной цели, вера в неизвестное… Я не понимаю, чем это более логично, нежели христианство. Нет! Разумнее молиться Богу, чем восторгаться лакеем, которого я не хочу называть в этом серьезном письме.
Дорогая мадам Ону! Поверьте мне, сделавшись христианкой, Вы исцелитесь.
Когда я говорю «христианкой», то, конечно же, подразумеваю «православной». Вы достаточно образованны и разумны и способны сами понять, что такой монах, как Лютер[142], выбросивший свою рясу и придумавший без всякого складу новую религию, не был последователен. Подумайте об этом сами. Припомните то, что вы читали, и все, что уже знаете…
Пригласите потихоньку о. Смарагда[143]. Он лучше знает подробности, чем я. И наконец, надо пробовать… Мадам, кто знает?.. Во всяком случае, пусть даже в этом ничего и нет, что Вы теряете? Ничего. А выигрыш, если вы избавитесь от заблуждения? Выигрыш дает все… И я ручаюсь за Ваше быстрое исцеление… Я в это верю, верю! Но не только верю, но и знаю. И вот почему.
Посылаю Вам образ Пресвятой Девы «Утоли моя печали». Также посылаю маленькую книжечку «Акафист Божьей Матери Утоли моя печали», которую дал мне случайно встреченный на дороге нищий отшельник с Афонской Горы. Он отдал ее, видя меня больным и удрученным. С тех пор я всегда держал эту книжечку у своего изголовья и не засыпал, хотя бы немного не прочтя из нее.
Я не дарю Вам этот образ, сейчас это невозможно; поверьте, лишь ради таких избранных, как Вы, у меня достает смелости расстаться с ним на некоторое время. Послушайтесь меня, послушайтесь меня, говорю я Вам. Повесьте этот образ так, чтобы он всегда был перед Вашими глазами. Заставьте себя хотя бы один раз прочесть эту книжечку до конца. Этого достаточно. Вы увидите возвышенную поэзию христианского лиризма. Для начала принудьте себя. Я знаю, Вы откроете ее почти с отвращением… Но знаю и то, что через несколько дней мысли Ваши переменятся…
Эта икона — список с чудотворного образа, находящегося на Афонской Горе. Я знаю ее силу… Божество, Пресвятая Дева и святые могут двояко действовать на того, кто склоняется перед ними — мгновенно, что называется чудом и чему я сам имел разительное подтверждение на Афонской Горе, и постепенно, естественным образом, но весьма ощутительно для внимающего ума. Это делается таким сочетанием обыденных обстоятельств нашей жизни, чтобы они были благоприятны в нравственном и материальном отношении. Перед Вами мой пример. Я приехал в К(онстантинопо)ль в плачевном состоянии, без денег и без малейшей надежды на будущее, с ощущением того внутреннего ужаса, который не оставлял меня ни на минуту даже посреди оживленной и с виду веселой беседы; здоровье мое было подорвано… Но приехал я в эту столицу с твердым убеждением, что этого хочет Бог; Пресвятая Дева благословила мою поездку. И что происходит? Здоровье поправляется, появляются добрые и гостеприимные друзья, деньги всегда находятся, как только я оказываюсь в безнадежном положении. То совсем неожиданно получаю их от Министерства, то «Русский вестник» присылает 1000 рублей. Сейчас у меня всего 10 турецких фунтов, и я не знаю, что буду есть в новом моем доме и что пошлю жене на май месяц… Но я не страшусь. Я уверен, что откуда-нибудь деньги появятся, ибо Бог того хочет и потому сделает людей более разумными, чем они кажутся в минуту сомнения…
Здоровье восстановилось, страх прошел, жена худо-бедно, но одета и имеет пропитание, «Русский вестник» делает мне авансы, Халки пришлись мне по вкусу, статьи мои имеют успех, я много пишу…
Вот это я и называю расположением обстоятельств в мою пользу, то есть второй способ действия. Что касается чуда, то я уже рассказывал Вам о приключившемся с моей больной рукой и двумя Евангелиями на Афонской Горе.
Увы! Признаться ли Вам, что я испытываю страх?.. Может быть, это страх показаться смешным? Такой же человек, как все, этот известный всем Леонтьев, старый развратник, впавший в мистицизм, когда уже не может это можно всегда сударыня к тому находятся тысячи способов), начинает изображать собою апостола православия…Вот такая насмешка и вправду страшна. (…)
Да благословит Вас Бог; что касается моих смиренных и недостойных молитв, они будут всегда…
В Халках есть еще не занятые хорошие дома. Что Вы скажете об этом. (…)
Преданный Вам Леонтьев.